• Thème : Les disques Sélect

    Le monde de la réédition est un marché très difficile, au Québec, à cause du petit bassin de population, lequel est davantage intéressé à acheter le disque le plus récent qu'à acquérir un microsillon de 1964. Les disques Sélect, de Montréal, ont vu le jour en 1959, pour cesser leurs activités en 1966. L'étiquette est surtout reconnue pour son apport au monde chansonnier. En réalité, Sélect a touché à d'autres styles. Historiquement, le catalogue Sélect est très riche, mais pour trouver ces disques, il faut s'armer de patience pour dénicher un vieux 33 vinyle usé. Seuls les deux premiers Charlebois ont été réédités et des artistes aussi célèbres que Ferland et Renée Claude ont eu droit à des compilations. Dans les limbes : Pierre Létourneau, le folkloriste Raoul Roy, Monique Miville-Deschênes, Hervé Brousseau, Stéphane Venne et tant d'autres. Une compilation double serait la bienvenue pour rendre justice à cette musique oubliée.

    Une anecdote, à propos d'une obscurité Sélect. Au début des années 1980, alors que je travaillais pour une station de radio, je reçois l'orchestrateur François Dompierre, venu pour parler de son nouveau microsillon. Alors, je lui pose la question qu'il n'attendait pas : "Et votre disque de chanteur, chez Sélect ?" Il est devenu blanc de gêne, avant d'éclater de rire, se demandant pourquoi un gars de mon âge connaissait cette "erreur de ma jeunesse."

    Sélect a été relancé en 1983 pour la production et la distribution de disques. La compagnie existe toujours, de nos jours.

    JEAN-PIERRE FERLAND, Les immortelles (1961) La chanson qui a lancé Ferland et une pièce toujours appréciée de nos jours.

    RENÉE CLAUDE, Pendant que (1964) La toute jeune Renée Claude, avec sa coiffure Cléôpatre, chantait Vigneault, Ferland, mais aussi Brassens et Ferré, lorsqu'elle enregistrait chez Sélect.

    ROBERT CHARLEBOIS, La Boulée (1965) Je ne ferai pas grand cas des deux premiers Charlebois ; ce n'étaient pas de très bons disques, mais cette chanson a été appréciée à son époque.

    JENNY ROCK, Douliou Douliou Saint-Tropez (1965) Chanson interprétée par la comédienne Geneviève Grad dans le film Le Gendarme de Saint-Tropez. Immense succès radiophonique au Québec par la voie de Jenny Rock. Ses deux microsillons Sélect contiennent surtout des compositions. Le premier apport rock féminin de l'histoire du Québec demeure mystérieux...


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  • Thème : Adolescents des années 1950

    Je ne me souviens pas avoir croisé le mot "Adolescent" dans les chansons de la première moitié du 20e siècle. Par contre, dès les années 1950, on l'entendait partout, tout simplement parce que plusieurs styles musicaux s'adressaient exclusivement aux jeunes. On pense d'abord au rock & roll et à ses dérivés, alors qu'il y avait mentions dans d'autres styles. Regardons de plus près...

    WEBB PIERCE, Teenage Boogie (1956) Un chanteur country qui s'adresse aux jeunes cow-boys et cow-girls, dans une ambiance amusante.

    GENE VINCENT, Teenage Partner (1956) Le grand rocker fait une entorse à la célébrée fille de 16 ans. La sienne en a 17.

    DION & THE BELMONTS, A Teenager In Love (1959) Chanson pop d'harmonies vocales. Les jeunes groupes de R & B du style ne se sont pas privés de parler d'adolescence.

    T-BONE WALKER, Teenage Baby (1954) T-Bone Walker était un musicien de blues, mais cette pièce est nettement R & B, où les mentions de l'adolescence étaient rares. Même situation pour le blues. Je ne connais que la chanson Sweet Sixteen de BB King qui nous entretienne de notre sujet.


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  • Thème : Parfaites photographies adolescentesThème : Parfaites photographies adolescentes

    Il ne faut pas se leurrer : toutes les chansons de la période 1960-1967, parlant d'adolescents, répètent la même chose : elle est trop jeune pour aimer, il est un adolescent amoureux, etc. Cela sur des motifs simples et naïfs. Cependant, il existe, à mes yeux, deux chansons francophones qui allaient plus loin pour décrire les sentiments ados. Ces pièces sont beaucoup plus évocatrices que toutes les autres.

    Oublions que Françoise Hardy avait alors une voix plate et que nous avons entendu cette chanson des milliers de fois. Ce qui y est raconté aurait pu l'être en 1930 et je suis persuadé qu'aujourd'hui, il y a une jeune fille qui vit la situation de la chanson. Besoin d'amour, de tendresse, comme les autres, et le drame de ne pas vivre cette situation, d'aller par les rues "l'âme en peine." Bref, Tous les garçons et les filles est peut-être l'hymne des filles moches et délaissées, qui demeurent seules dans leur coin, se sentant trop à part et gardant le secret de leur grand rêve : avoir un petit ami, au même point que les autres. Des milliers de filles se sont identifiées à cette chanson !

    Pour la seconde pièce, saluons d'abord les musiciens des Hou-Lops pour avoir composé une magnifique balade mélodique, avec une superbe partie de guitare claire. Puis soupirons en pensant que l'industrie du disque obligeait ces gars à chanter des traductions de succès anglophones. Les rares compositions du groupe prouvent qu'ils étaient supérieurs à beaucoup de leurs copains américains et britanniques.

    Ensuite, précisions que les paroles de la chanson (2 couplets, 1 refrain) sont signées Louise Rousseau, journaliste adolescente. C'est simple, mais peut-être pas si naîf. Il y a ici un groupe d'ados, en vacances scolaires, loin de toute autorité parentale et sociale. Ils ont passé l'été sur la plage où "chacun de leurs frissons faisait naître une chanson." L'amour à leur façon, sans reproches ni discours moralisateur des vieux. Bref épisode de bonheur, car l'automne revient, avec le retour à l'école, et, "les larmes aux yeux, ils disent adieu, avec l'espoir d'un retour" alors que "le vent de la grève viendra effacer leurs rêves." Évocateur, je vous dis !

    Dans mon roman Les Fleurs de Lyse, il y a un chapitre intitulé "Nous les jeunes" qui, en une vingtaine de pages, paraphrase Blue-Jeans sur la plage.

    Françoise Hardy, Tous les garçons et les filles (1962)

    Hou-Lops, Blue-Jeans sur la plage (1965)


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  • Thème : Charmante fille de seize ans

    L'idée de célébrer en chansons les filles de seize ans semble typique des premières années de l'ère rock, alors qu'en réalité, cela existait bien avant. J'ai une chanson du début du 20e siècle avec le terme "Sweet Sixteen" dans le titre, une autre de 1930. Cependant, il est vrai qu'il y en a eu beaucoup entre 1956 et 1963. Pourquoi ? Parce que la musique populaire radiophonique s'adressait aux adolescents. Identification, en somme ! Autre point : aucun garçon ! Que des filles, sans doute parce qu'une demoiselle de 16 ans était au milieu de l'adolescence, que sa féminité s'était épanouie. Voici quatre cas.

    CHUCK BERRY, Sweet Little Sixteen (1958) La plus belle réussite évocatrice. La fille de Chuck collectionne les photos et autographes de ses idoles et quand elle désire voir un spectacle de rock & roll, elle demande la permission à sa mère. Il y a un sous-entendu que la maman a refusé, alors la belle se tourne vers son père, lui demandant de dire à maman qu'il est d'accord. Très charmant !

    SAM COOKE, Only Sixteen (1959) Sam l'aime en secret, car il sait qu'à seize ans, elle est trop jeune pour cet amour.

    JOHNNY BURNETTE, You're Sixteen (1960) Excusez les violons et les choeurs... Ringo Starr proposera une version supérieure une quinzaine d'années plus tard.

    NEIL SEDAKA, Happy Birthday Sweet Sixteen (1961) Neil a toujours bien aimé la petite voisine, mais lors de l'anniversaire des seize ans de celle-ci, elle se révèle au garçon comme la plus incroyable splendeur que son coeur puisse imaginer.


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  • Thème : Les débuts du jazz

    Un article essentiel sur le sujet :

    http://www.redhotjazz.com/jazz1917.html

    1917 est l'année des débuts du jazz sur disque. En réalité, des musiciens noirs de la Nouvelle-Orléans jouaient une musique semblable depuis le début du 20e siècle. Le premier groupe à sortir de la ville et à se présenter sous le nom de Jass fut le Creole Band, qui donnera des spectacles en Californie, à Chicago. D'ailleurs, la première mention publique du Jass provient d'un journal de Chicago, en 1915.

    Le premier disque officiel de cette musique est le Livery Stable Blues de l'Original Dixieland Jass Band, enregistré en février 1917 et commercialisé en mai. Ce que je vous présente n'est pas du jazz, mais tout simplement des témoignages d'époque prouvant que le nom jazz circulait dans la première moitié de 1917.

    ARTHUR FIELDS : Everybody Loves A Jass Band. Ce chanteur nous explique ce qu'est cette musique et la présente comme du vacarme ! Enregistré en mars 1917 et sur le marché en juillet.

    COLLINS & HARLAN : That Funny Jas Band From Dixieland. Un duo comique avec une approche voisine à celle de Arthur Fields. Commercialisé en avril 1917, avant Livery Stable Blues.

    FRISCO JASS BAND : Pozzo. Le premier ensemble de l'extérieur de la Nouvelle-Orléans à utiliser le mot. Nous sommes davantage près du ragtime que de bébé jazz. Commercialisé en été 1917.

    MARION HARRIS : When I Hear That Jazz Band Play. Description des éléments d'un orchestre de la nouvelle musique. Cette chanteuse, sans jamais enregistrer de jazz, fera en sorte que le nom circule beaucoup. Outre ce titre, signalons : Jazz Baby, Take Me To The Land Of Jazz et, gasp, I'm A Jazz Vampire. Cette chanson : juillet 1917.

    ORIGINAL DIXIELAND JASS BAND (Photo) : Livery Stable Blues. Voilà le vrai truc ! Un succès commercial important, mais, à mon avis, le véritable jazz ne trouvera sa forme première qu'en 1920, avec les enregistrements de King Oliver.


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